Nous remarquons très facilement les répétitions. La conduite répétitive, même banale, devient alarmante par la rigidité avec laquelle, de façon déconcertante, elle s’obstine à réapparaître. Elle surprend, bien qu’à la fois elle tranquillise. « Remémoration, Répétition, Elaboration » nous apprend Freud.
Lorsque la conduite répétitive s’avère plus grave, plus complexe, bizarre et très prééminente on peut éventuellement la promouvoir au statut de syndrome. Elle est de la sorte classée, circonstanciée et devient facile à diagnostiquer. Celui qui l’étudie et l’analyse  peut alors souligner son importance, soutenue peut-être par des données statistiques qui, de cette façon, cherchent à faire remarquer la portée de son occurrence.

Et… pourtant, parfois, quelque part perdu dans le temps, ce même comportement – ou cette pensée - s’est exprimé une première fois. Il est probablement passé presque inaperçu, inqualifiable mais paradoxalement surprenant. A un moment donné, encore antérieur à cette première fois, on ne pouvait rien voir ni prévoir d’un tel phénomène.
Là, dans ce « lieu et temps psychique », s’est organisé une première fois ce que nous n’avions pas encore vécu ou rencontré à l’intérieur de nous.
Les premières fois et les attentes qui les accompagnent sont seulement possibles lorsque nous n’excluons pas ce que nous n’avons pas encore réussi à rencontrer.
Quel effet cela produit-il, sur le monde mental, de créer ces rencontres internes pour les vivre une première fois, n’importe quelle première fois dans la vie ? Le mystère, l’attente, l’excitation qui s’expriment parfois dans le corps, ne sont pas toujours faciles à supporter ou à intégrer dans une élaboration. Et après, même  si nous le craignons, nous allons jusqu’à ressentir la nostalgie des premières fois disruptives, intenses et vibrantes, celles qui déchaînent des forces inconnues, capables de faire appel à la créativité, à l’engagement et la restitution authentiques, dont l’expérience émotionnelle, dans son essence, n’est jamais vraiment reconnue. Il n’en reste que les manifestations : dans le corps, dans le verbe, dans la mémoire et dans les événements culturels et scientifiques.

Chaque première fois organise en nous, même sans que nous en ayons une notion claire et consciente, une dimension temporelle qui sépare un avant et un après, mais qui également les unit, en une implication mystérieuse qui nourrit notre espérance – C’EST L’ESPERANCE que ce projet nouveau du e-journal se constitue comme une méthode de communication qui rende possible la rencontre avec des pensées qui, pour appartenir peut-être à un temps futur ou au contraire avoir été oubliées dans un passé plus ou moins éloigné, n’ont pas encore été conçues.
En définitive, expérimenter des « premières fois » nous donne le sentiment d’être vivants.
Celle-ci est la première fois que j’assume une place particulière à l’IPA, et JE ME SENS VIVANT!
Rui Aragão Oliveira, 2015

(traduction Rosine Sapoval, Paris)