À la mémoire de Jorge Canestri

Virginia Ungar
 Dr. med. Heribert Blass
 

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À la mémoire de Jorge Canestri

Une des écoles de Tlön en arrive à nier le temps ; elle raisonne ainsi : le présent est indéfini, le futur n’a de réalité qu’en tant qu’espoir présent, le passé n’a de réalité qu’en tant que souvenir présent. 
              Jorge Luis Borges [1]

Un grand nombre de raisons nous ont poussés à écrire ensemble ce texte intitulé À la mémoire de Jorge Canestri. En premier lieu, c’est pour nous soutenir mutuellement face à cette tâche très triste : notre ami nous a quittés très récemment et la distance temporelle qui nous permettrait d’accepter que Jorge n’est plus de ce monde n’a pas encore été établie. En second lieu, nous sommes tous deux à la tête de deux institutions importantes — l’API et la FEP — et nous aimerions transmettre une partie des grandes contributions qu’il a apportées à nos vies institutionnelles respectives. Enfin, nous avons pensé qu’à nous deux nous pouvions représenter à la fois le côté argentin de la personnalité de Jorge et rendre hommage au côté européen.
 
Nous entreprenons une tâche douloureuse, mais nécessaire, tout en sachant que nous n’y parviendrons pas complètement. Sa personnalité et sa grande intelligence, sa sensibilité, ses capacités politiques, ses connaissances profondes et ses contributions à la psychanalyse, mais aussi sa connaissance de la philosophie, de la science, de la musique, de la littérature et des arts plastiques étaient si vastes qu’il est impossible de les aborder et de les décrire entièrement. 
 
Ceux qui ont eu le privilège de le considérer comme un ami (et cela inclut sans aucun doute ses patients) connaissent aussi sa capacité d’écoute, sa capacité à rester en contact et disponible, son sens de l’humour vif et amusant, son énergie et sa capacité de travail sans limites. Et comment oublier sa pipe, son sourire et son regard si caractéristiques ?
 
Sa mort a été une perte terrible et il faudra beaucoup de temps pour s’en remettre, mais nous savons aussi qu’il vit en chacun de nous, ceux qui ont eu la chance de le côtoyer et qui continueront à s’inspirer de sa passion pour la psychanalyse et de ses idées pour un monde plus juste, avec moins d’inégalités et de violence et plus de respect pour la planète. 

Afin de se pencher d’un peu plus près sur l’homme et son œuvre, un bon point de départ pour cet hommage est son discours d’ouverture pour le 52e Congrès de l’API, dans lequel il commence par évoquer ses souvenirs de sa rencontre avec Jorge Luis Borges à un très jeune âge. Son père l’emmenait aux conférences de l’écrivain à Buenos Aires, car « écouter les paroles des poètes est une expérience nécessaire pour les jeunes âmes » [2].  Jorge disait qu’il croyait ne pas avoir compris le sens des discours qu’il écoutait à cet âge-là et que ce n’est que plus tard qu’il a compris qu’il était capable de saisir « la magie dans les mots » de Borges, un écrivain qu’il aimait lire et relire au cours de sa vie d’adulte. Des années plus tard, en 1984, Borges accepta d’être interviewé par Jorge (qui vivait alors à Rome), et ils parlèrent de son père — un vieil ami du célèbre l’auteur — ainsi que de leurs souvenirs d’enfance. Canestri nous dit que Borges considérait l’enfance comme la période la plus importante de la vie, celle où l’on découvre les couleurs, les formes… l’univers.
 
Les racines argentines  
Cette partie de sa propre histoire a été écrite par Jorge, car elle fait partie de sa vie à Buenos Aires, où il a grandi et est allé à l’école et à l’université. Il a obtenu un diplôme de médecine avec mention très bien à l’Université Nationale de Buenos Aires et était très fier d’être diplômé de cette université publique de haut niveau et gratuite en Argentine.
 
De 1966 à 1972, il travaille dans un centre prestigieux dans le service de psychopathologie de la polyclinique (Servicio de Psicopatología del Policlínico) et hôpital général à Lanús, dans la province de Buenos Aires, sous la direction de Mauricio Goldenberg, un psychiatre de renom, influencé par l’approche psychodynamique et proche de psychanalystes célèbres comme Enrique Pichon Rivière, Heinrich Racker et Leon Grinberg.
 
Ceux qui ont eu l’occasion de vivre cette expérience reconnaissent que Goldenberg les a formés comme psychiatres d’une manière différente. Il a été un pionnier dans l’organisation d’un secteur d’hospitalisation pour la santé mentale au sein d’un hôpital général. Ce concept d’ouverture d’un secteur d’hospitalisation pour la santé mentale au sein d’un hôpital général était totalement novateur non seulement en Argentine, mais aussi dans toute l’Amérique latine. 

Il s’agissait d’une nouveauté, car jusqu’alors, la seule option existante pour les patients psychiatriques devant être hospitalisés consistait à les placer dans de grands asiles où l’on utilisait des techniques anciennes et terriblement déshumanisantes. Ils disposaient également d’espaces pour les patients externes, les enfants et les adolescents ainsi que d’hôpitaux de jour. C’était l’époque de la psychiatrie communautaire.
 
Mauricio Goldenberg a eu une grande influence sur tous ceux qui ont travaillé avec lui. Il était un grand défenseur de la psychanalyse et allait jusqu’à suggérer aux jeunes membres de son personnel de se soumettre à une analyse personnelle et, si possible, de commencer une formation psychanalytique.

Son centre à l’hôpital de Lanus était un foyer de psychanalystes excellents et renommés. Jorge Canestri faisait partie de cette génération et il a commencé sa formation analytique à l’Association psychanalytique argentine, dont il est devenu membre en 1973.
 
Jorge n’a jamais perdu cette partie de lui qui était attentive à l’impact du monde dans lequel nous vivons, non seulement en ce qui concerne notre pratique en tant que psychanalystes, mais aussi dans le sens d’être proche des manières dont le processus de subjectivation se déroule dans différentes parties du monde, toujours en contact avec l’environnement.
 
En 1974, il émigre en Italie avec sa famille, s’installant d’abord à Pise où ils restent pendant trois ans avant de décider finalement de vivre et de travailler à Rome. En 1976, il devient membre de la Société psychanalytique italienne (S.P.I.) et conserve une double appartenance puisqu’il est également membre de l’Association psychanalytique argentine. En 1992, il devient membre promoteur et analyste formateur et superviseur de l’Association psychanalytique italienne (A.I.Psi.), dont il est le président de 2007 à 2011. 

Jorge Canestri a reçu le prix Sigourney en 2004 en reconnaissance de son travail en tant que psychiatre, psychanalyste et pour ses contributions à l’interface de la discipline avec la linguistique et les neurosciences. Il a également contribué à introduire la perspective épistémologique de concevoir la psychanalyse avec des développements pluralistes.
 
Son travail et ses contributions à l’API 
Même si je suis argentine (VU), j’ai rencontré Jorge en dehors de notre pays quelques années avant que nous ne commencions à travailler ensemble au Conseil d’administration de l’API, lors de la deuxième administration latino-américaine, sous la direction de Claudio Eizirik. 

Avant cette période, il était membre du Comité de recherche conceptuelle et empirique (depuis 2002), président du Comité d’éthique (2001-2005) et également président du Comité de programme du 42e Congrès de l’API qui a eu lieu à Nice en 2001. Je n’oublierai jamais le discours que Jorge Semprún a prononcé lors de l’ouverture de ce congrès. 
 
Toutefois, c’est plus tard, en 2005, que nous avons commencé à travailler ensemble au sein du Conseil d’administration de l’API, puisque nous avons tous deux été élus représentants du Conseil mondial et, deux ans plus tard, représentants du Comité exécutif de l’API. 

C’est alors que j’ai eu l’occasion de mieux le connaître. C’est en 2007, au sein de l’API, que les trois modèles de formation ont été approuvés par le Conseil d’administration après une période de discussions passionnées et controversées. Jusqu’alors le seul modèle qui était accepté était celui d’Eitingon, mais grâce à ce vote les modèles uruguayen et français ont été acceptés et sont devenus en quelque sorte « légaux ». Avant ce changement, un grand nombre de membres français de l’API avaient été formés en tant que candidats avec un modèle qui n’était pas explicitement accepté. Il s’agissait là d’un grand pas vers une API plus inclusive, ce qui ne semble peut-être pas si évident aujourd’hui, alors que nous considérons comme acquis qu’un analyste français ou uruguayen est aussi bien formé que n’importe quel autre analyste dans le monde.

Comme à chaque changement, il y a eu des turbulences dans l’air lors de nos réunions du Conseil d’administration, mais le leadership de Claudio a été crucial pour maintenir une atmosphère collégiale et poursuivre avec enthousiasme le travail en cours sur un éventail de sujets.
 
C’est ensuite, de 2007 à 2009, lorsque nous avons tous deux été élus membres de l’ExCom, que nous avons commencé à travailler ensemble de manière encore plus étroite. J’ai des souvenirs très précis de Jorge avec sa pipe, écoutant attentivement, réfléchissant puis parlant calmement et transmettant sa façon réfléchie de traiter les questions institutionnelles, toujours dans une perspective psychanalytique. 
 
En 2009, il est devenu le président du Comité des nouveaux groupes internationaux de l’API, où il a travaillé avec diligence jusqu’en 2013. Il a apporté sa contribution à ce groupe de travail très important de différentes manières : ses origines latino-américaines et sa propre histoire en tant qu’émigrant, ainsi que sa vaste expérience en Europe et sa relation étroite avec la région nord-américaine, auxquelles s’ajoute son statut de polyglotte (il parlait couramment l’espagnol, l’italien, l’anglais et le français) faisaient de Jorge la personne idéale pour ce poste.

Il a conservé son intérêt pour le développement en Chine et dans la région Asie-Pacifique puisqu’il a lancé l’initiative de la FEP visant à enseigner les concepts psychanalytiques fondamentaux en Chine avec des collègues européens et chinois. En effet, Jorge a toujours adhéré à l’esprit dans lequel l’API a été créée, à savoir une organisation de membres qui existe grâce à ses membres et dans leur intérêt. En tant qu’organisation internationale, elle abrite des diversités qui doivent non seulement être reconnues, mais également être la base d’un échange qui enrichit la psychanalyse. Canestri a toujours prôné l’unité, et c’est là que réside l’énorme force de l’API. 
 
Comme il faisait partie du Conseil d’administration et était à la tête de deux des comités les plus importants, son expérience ainsi que son dévouement envers la psychanalyse ont fait de lui une source constante de conseils et d’orientation pour moi. 
 
Sa présidence à la FEP a été brillante et nous a donné l’occasion fantastique de travailler ensemble sur des projets interrégionaux de l’API : il a soutenu et collaboré avec Psychoanalysis Today, l’initiative de Stefano Bolognini, avec le programme d’analystes en formation (VCP) soutenant le projet IPSO préexistant, et a collaboré avec eux et certaines des organisations régionales pour aider les analystes en formation à participer à des programmes étendus d’échanges interrégionaux. 
 
Je dois cependant admettre que décrire la personnalité et les qualités de Jorge Canestri n’est pas une tâche aisée. J’ai le sentiment qu’il n’y a pas de mots adéquats pour le faire. Il était un véritable humaniste, un lecteur infatigable, un véritable connaisseur des domaines des arts, de la littérature, des arts visuels, du théâtre, de l’opéra et du cinéma. Il a toujours prôné le dialogue interdisciplinaire de la psychanalyse avec les sciences voisines et ce qui est le plus remarquable c’est qu’il le pratiquait lui-même. Il a étudié les neurosciences, la philosophie et même les mathématiques et la physique avec un grand enthousiasme.

Il y a d’ailleurs quelque chose qu’il faut souligner : Jorge n’a jamais cessé de tenir compte du contexte de la culture dans laquelle pratique chaque analyste. Il a été l’un des premiers psychanalystes que j’ai entendu parler en public de l’impact de la migration sur les subjectivités de l’époque actuelle. 

Il avait une capacité de travail remarquable. En effet, il a, par exemple, été éditeur de la section éducative de la Revue internationale de psychanalyse pendant une longue période et, jusqu’à la fin de sa vie, il a été membre du Comité de rédaction et éditeur pour l’Europe de la même revue.  
 
Sa vie et son travail en Europe ainsi que ses contributions à la FEP
Comme nous l’avons déjà mentionné ci-dessus, Jorge Canestri a émigré en Italie avec sa famille en 1974. Là-bas, il dut d’abord repasser un diplôme de médecine et de chirurgie, mais en même temps il continua à travailler comme psychanalyste, d’abord au sein de la S.P.I. et à partir de 1992 comme membre et analyste formateur et superviseur au sein de l’A.I.Psi. Outre sa pratique psychanalytique, il est devenu professeur associé de psychologie de la santé mentale à l’Université de Rome 3, de Sciences de l’éducation de 2003 à 2008, et il a également été professeur invité à l’Université de Paris X, Nanterre, en 2004. 
 
En ce qui concerne la FEP, je (HB) voudrais souligner son travail en tant que président du Groupe de Travail de la FEP sur les Questions Théoriques depuis 2001, ainsi que ses fonctions de représentant mondial de l’API pour l’Europe de 2005 à 2007 et d’euro-représentant de l’API de 2007 à 2009. En tant que président de l’A.I.Psi., il a également été membre du Conseil de la FEP de 2007 à 2011. Toutes ces riches expériences lui ont finalement permis de devenir président de la FEP de 2016 à 2020. 

Son élection à la présidence a eu lieu lors de la 28e Conférence annuelle de la FEP à Stockholm. Comme je faisais partie de son équipe qui s’est présentée aux élections, je me souviens d’une petite anecdote qui caractérise bien l’humour et l’aplomb de Jorge.

Les deux équipes qui se présentaient aux élections ont pris place dans une petite pièce au sous-sol du bâtiment où avait lieu la conférence. Là, tous les candidats devaient se présenter devant le Conseil individuellement et justifier leur candidature aux postes de la FEP auxquels ils postulaient. Pendant l’audition de chaque candidat, les autres restaient derrière dans la petite pièce. Lorsque Jorge revient vers nous après son audition, un sourire en coin se dessine sur son visage, mais il laisse transparaître aussi un certain étonnement. Curieux, nous avons demandé « Alors c’était comment ? ». Son sourire s’est agrandi et après une brève pause il a dit « Pouvez-vous imaginer ce que l’on m’a demandé en premier ? » et après une autre petite pause, il a ajouté « On m’a demandé : quel âge avez-vous ? ». Il a de nouveau souri et a dit « Bien sûr j’ai répondu que j’avais 72 ans. C’est la vérité. »
 
Sa réaction montrait clairement qu’il ne voyait pas son âge comme un obstacle pour sa candidature. Il était plutôt surpris qu’il s’agisse de la première question et que les expériences et les activités qu’il avait présentées semblent être moins importantes. 

Son étonnement pouvait-il être considéré comme un signe ou même une preuve de son déni du vieillissement et de la mort ? Les cinq années suivantes, d’abord en tant que président élu puis en tant que président, ont montré le contraire. Il a parlé à plusieurs reprises de l’inévitabilité de sa propre mort, mais il ne voulait pas que son pouvoir spirituel et émotionnel, encore palpable et perceptible, ne soit pas utilisé à cause de son âge.
 
La première année en tant que président élu et les quatre années suivantes en tant que président de la FEP ont amplement prouvé que sa décision de se présenter et son élection par le Conseil de la FEP étaient de bonnes décisions. Jorge Canestri avait déjà un bon esprit d’équipe au sein de la présidence sortante, et avec un mélange réussi de clarté et de compréhension généreuse, il a favorisé la coalescence de notre nouvelle équipe exécutive dès son arrivée à la présidence lors de la Conférence annuelle de la FEP en 2016 à Berlin. 
 
Durant les 4 années de sa présidence, il s’est résolument engagé en faveur de la diversité scientifique et culturelle de la FEP et y a laissé une marque durable. Son orientation scientifique se caractérisait par l’inclusion répétée de disciplines voisines et d’autres domaines scientifiques dans une compréhension psychanalytique plus approfondie — des domaines tels que la biologie, la technologie de reproduction artificielle, la neurobiologie ou la linguistique, mais également l’intelligence artificielle et la robotique. Conscient de l’influence significative des théories privées des psychanalystes, il soutenait fortement la recherche psychanalytique. Sa large orientation intellectuelle et émotionnelle entre l’art et la science a ensuite également déterminé l’orientation programmatique de nos congrès, conférences et rencontres personnelles. Son orientation internationale lui a permis de concrétiser son idée d’organiser la Conférence annuelle de la FEP de 2018 à Varsovie, rapprochant ainsi la FEP de l’Europe de l’Est. En même temps, il a assuré de bons liens entre la FEP et l’Amérique latine ainsi que l’Amérique du Nord et il a initié un échange scientifique entre la FEP et la Chine. 
 
Ses expériences vis-à-vis du sort de ses amis et collègues durant la dictature militaire argentine, à laquelle il a assisté depuis l’Italie, l’ont rendu prudent et avisé face aux menaces qui pèsent sur la psychanalyse dans des conditions totalitaires — non pas en faisant des déclarations ouvertes, mais plutôt en établissant des liens prudents. En outre, il était capable d’anticiper clairement les évolutions internationales difficiles. Par exemple, alors que la plupart d’entre nous sous-estimaient encore les chances d’élection de Donald Trump, il a déclaré fermement : « Trump va gagner et ce sera un désastre. » Je mentionne cette anecdote comme un exemple de sa capacité à conserver une vision claire. 

Jorge était un polymathe qui a toujours mené les conversations et les discussions avec nous de manière attentive, réfléchie et sérieuse, tout en les accompagnant d’une bonne dose d’humour et d’esprit. Sa conviction que la psychanalyse doit s’inscrire dans une sphère scientifique et artistique l’a conduit à inclure des visites d’événements culturels dans chacune de nos réunions administratives et psychanalytiques en tant que président de la FEP. Pour lui, la psychanalyse n’était pas séparable des réalisations du développement culturel. C’était un cosmopolite qui pouvait raconter des histoires ayant eu lieu dans presque toutes les parties du monde. À cet égard, c’était un conteur dans le meilleur sens du terme. Il était également capable d’écouter chacun de nos points de vue ainsi que les différents points de vue au sein de la communauté psychanalytique. Cependant, cela ne l’empêchait pas de finir par prendre des décisions claires et, lorsque c’était nécessaire, de jouer son rôle de leader tout ayant pris compte des points de vue exposés lors des discussions de l’équipe. 

Selon moi, Jorge Canestri incarnait le principe d’un leadership démocratique, à l’opposé d’une attitude dictatoriale ou du laisser-faire. Il respectait les différences, mais toujours en visant l’unité et la continuité. Il a montré à la FEP et à nous tous qu’une position psychanalytique basique et claire ainsi qu’une ouverture à la nouveauté ne s’excluent pas mutuellement, mais maintiennent la psychanalyse en vie. 

De plus, Jorge était généreux. Il encourageait tous les membres de son équipe dans leur propre développement psychanalytique, tant dans leur progression scientifique qu’institutionnelle. 
 
Après l’élection du nouveau Comité exécutif de la FEP lors du 32e Congrès annuel en 2019 à Madrid, il a offert une coopération généreuse à tous les membres du nouveau Comité exécutif. Bien que la passation de pouvoir n’ait pu avoir lieu qu’en ligne en raison de la pandémie de la COVID-19, à notre grand regret, Jorge a cédé le poste de président de la FEP de la même manière respectueuse qu’il l’avait assumé. Cela a été une fois de plus l’expression de son leadership démocratique et solidaire, qui a été reçu avec une grande gratitude par l’ensemble du nouveau Comité exécutif. 
  
Travaux scientifiques et publications 
Jorge a publié un grand nombre d’articles dès le début de sa vie professionnelle. La liste est très longue et ce qui attire notre attention c’est qu’ils ont été publiés dans plusieurs langues et dans des revues aux points de vue différents. Il avait une très bonne plume et dans tous ses travaux il est facile de voir que le fait d’être un grand lecteur a influencé cette capacité. 
 
En raison de l’abondance de son travail scientifique, nous ne pouvons énumérer ici que quelques-unes de ses publications les plus importantes. Il a été :

  • Co-auteur, avec Jacqueline Amati Mehler et Simona Argentieri, de La Babel de l’inconscient — Langue maternelle, langues étrangères et psychanalyse
  • Éditeur et auteur, avec Marianne Leuzinger-Bohleber et Anna Ursula Dreher, de Pluralism and Unity? Methods of research in psychoanalysis
  • Éditeur et auteur de Psychoanalysis: from practice to theory
  • Éditeur et auteur, avec Giovanna Ambrosio et Simona Argentieri, de Language, Symbolisation and Psychosis
  • Éditeur et auteur, avec Leticia Glocer Fiorini, de The Experience of Time: Psychoanalytic Perspectives
  • Éditeur et auteur, avec Marianne Leuzinger-Bohleber et Mary Target, de Early Development and Its Disturbances: Clinical, Conceptual, and Empirical Research on ADHD and other Psychopathologies and its Epistemological Reflections
  • Éditeur et auteur de Putting theory to work: how are theories actually used in psychoanalytical practice?
  • Enfin, il était directeur du site : Psychoanalysis and logical mathematical thought.
 
Expression de notre gratitude 
Revenons maintenant à la raison pour laquelle nous écrivons ensemble. Jorge nous a présentés l’un à l’autre et nous avons partagé différentes expériences avec lui : des réunions scientifiques et des activités institutionnelles, mais aussi des déjeuners et des dîners au cours desquels nous avons pu avoir de longues et intéressantes conversations dans différentes parties du monde, des conversations éclairées par sa vaste connaissance des créations de différentes cultures et des arts dans leurs différents domaines. Dans ces moments-là, son sens de l’humour l’emportait, et nous avons senti que le travail institutionnel en psychanalyse, même s’il est difficile, apporte des moments merveilleux comme le dernier dont nous nous souvenons très bien : un dîner après l’ouverture du Congrès 2019 de l’API à Londres, lorsque nous sommes allés dans un restaurant avec un groupe d’amis pour fêter la conférence d’ouverture de Julia Kristeva. En regardant les photos prises cette soirée-là, on peut facilement sentir l’amitié qui nous unissait et la joie d’être ensemble en une journée si chaude, mais qui avait également donné lieu à l’un de ces moments de rencontre uniques qui renferment quelque chose de magique. Il est agréable de se souvenir d’un ami aussi admiré et aimé qu’il l’était pour nous. Jorge a été un exemple et un guide pour nous deux. Il nous manquera toujours.
 
Virginia Ungar (Présidente de l’API)
Heribert Blass (Président de la FEP)
 
[1] Borges, J.L. (1944) extrait de Tlön, Uqbar, Orbis Tertiu, traduction extraite de Bourgeault, J.-F. (2003). Le minotaure de la plaine. Contre-jour,(2), 25–44.
[2] Jorge Canestri (2020) : The Infantile: Which Meaning, document principal rédigé pour le 52e Congrès de l’API, juillet 2021.